Vous connaissez le jeu Pac Man version Crude Oil?

En fait, il ne s’agit pas d’un nouveau jeu pour votre console ou d’un nouvel App pour votre tablette ou téléphone intelligent. Il s’agit plutôt d’une stratégie que les représentants de la compagnie TransCanada Pipelines semblent avoir développée pour décider où passera le pipeline qu’elle souhaite installer sur plus de 4 400 km entre Hardisty en Alberta et la raffinerie de pétrole Irving de Saint-Jean au Nouveau-Brunswick.

Si vous avez déjà joué à Pac Man, vous savez que le jeu consiste à gober les différents objets qui se présentent devant vous en évitant de vous faire dévorer. Vous savez aussi que pour gagner vous devez emprunter plusieurs chemins puisqu’il y a des obstacles et qu’il y a des chemins que vous ne pouvez emprunter.

Or, il appert que la société TransCanada Pipelines utilise une stratégie qui s’apparente à ce classique du jeu vidéo. Voici, en résumé, comment cette société opère :

  • D’abord, elle prend connaissance de toutes les propriétés publiques et privées sur l’ensemble du territoire entre le point de départ (Hardisty) et le point d’arriver (Saint-Jean, N.-B.).
  • Ensuite, elle tente de rejoindre le plus rapidement possible le plus grand nombre de propriétaires.
  • Des personnes entrainées (landmen) font du porte-à-porte afin de visiter chaque propriétaire de terrains en leur proposant une prime de 1 000 $ en échange d’une signature sur un contrat; un contrat qui accorde un droit de passage et permet à ladite compagnie d’utiliser une partie du terrain du propriétaire.
  • La vitesse d’exécution est importante. La compagnie doit attaquer sur plusieurs fronts en même temps. C’est pourquoi les visites se font en simultané dans beaucoup de collectivités. Plus on fait vite, moins les gens peuvent s’informer du projet et de leurs droits et, par conséquent, moins de gens peuvent s’opposer au projet. Il faut surtout éviter que les gens se regroupent.
  • Plusieurs propriétaires acceptent l’offre alléchante dès la première visite. Par contre, un bon nombre de personnes refuse catégoriquement l’offre de la compagnie.
  • Si plusieurs propriétaires dans un même secteur acceptent l’offre de la compagnie, le tracé potentiel est facile.
  • Par contre, lorsque quelqu’un s’oppose, la partie se corse. Les représentants de la compagnie doivent alors insister et ont souvent recours à des techniques d’intimidation (par exemple, des menaces d’expropriation) pour convaincre les propriétaires récalcitrants d’accepter leur offre.
  • L’intimidation va donner des résultats dans un certain pourcentage des cas, surtout lorsque les gens sont pris au dépourvu et ne possèdent pas toute l’information pour se défendre convenablement.
  • Toutefois, les propriétaires qui ne veulent pas collaborer (c.a.d signer le contrat) posent un obstacle de taille à la compagnie. Si d’autres tracés potentiels existent, la compagnie pourrait bien modifier le tracé afin d’emprunter un autre chemin, et ce même si les investissements seront plus importants pour elle.
  • Toutefois, si le pipeline doit passer sur la propriété d’un propriétaire récalcitrant, la compagnie devra convaincre l’Office national de l’énergie d’exproprier le propriétaire, ce qui ne semble pas s’être fait très souvent depuis que l’Office existe.
  • Il faut se rappeler que l’un des objectifs de l’Office national de l’énergie, comme il est stipulé dans la loi, est de protéger l’environnement et d’assurer la sécurité du public : « La sécurité est une question d'intérêt public primordiale qui fait partie du mandat de l'Office depuis 1959. L'Office doit veiller à ce que les sociétés respectent les règlements concernant la sécurité des employés, le public et l'environnement, dans la mesure où cela touche à la conception, à la construction, à l'exploitation, à l'entretien et à la cessation d'exploitation d'un pipeline. »