La « chose » francophone

Pour beaucoup de Madawaskayens et de Madawaskayennes le nom de Jean-Maurice Simard est synonyme de bâtisseur, de défenseur des droits et des intérêts de sa communauté, d’homme de coeur, de stratège, d’habile politicien, de détermination, d’entêtement, de personnage charismatique, d’homme d’action et de visionnaire.

Au-delà de leurs allégeances politiques, la plupart des gens du Madawaska reconnaissent que le sénateur Jean-Maurice Simard a été un personnage public qui a grandement marqué notre histoire. Fier représentant des gens d’Edmundston à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, il s’est toujours battu pour défendre les intérêts des gens de sa communauté. Les plus vieux se souviendront du slogan «Edmundston d’abord».

Mais, en plus de sa grande contribution au développement économique, social et culturel dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick, Jean-Maurice Simard a aussi été un avide défenseur de la langue française au Nouveau-Brunswick et au Canada. Il est reconnu comme le père du projet de loi 88, la Loi reconnaissant l'égalité des deux communautés linguistiques officielles au Nouveau-Brunswick et dont une partie est aujourd'hui enchâssée dans la constitution canadienne.

La biographie écrite par la journaliste Marjorie Pedneault en 2011 couvre en détail de l’influence du sénateur Simard dans l’avancement, le développement et la défense de la loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick. Pour nous Madawaskayens, qui vivons en français dans la région la plus francophone de la province (environ 96%) nous avons souvent de la difficulté à nous imaginer que nous pourrions un jour perdre notre langue. Nous ne nous sentons pas menacés. Pourtant, lorsque l’on regarde autour de nous on arrive vite à l’évidence que nous sommes une goutte d'eau dans un océan. En cette semaine provinciale de la fierté française, comme le sénateur Simard, nous sommes en droit de nous demander: qu’est-ce que la «chose» francophone?

« Nous savons tous fort bien pourquoi on ne parle pas de la «chose» francophone. Ce n'est pas parce que ce n'est pas important. Pas parce que ce n'est pas urgent. C'est parce que nous avons peur. Peur de provoquer ces éléments, pourtant de plus en plus minoritaires, de la société canadienne qui pourraient être tentés d'attiser les feux de l'intolérance ; peur de gaspiller notre capital politique au Canada anglais, en défendant les minorités francophones de ces régions ; peur de défendre publiquement ce merveilleux projet de société, cette dualité linguistique canadienne, que nous arborons pourtant en modèle de réussite unique, ailleurs dans le monde.

N'est-ce pas l'ultime paradoxe ? Nous craignons de parler chez nous de ce qui suscite l'admiration, le respect et même l'envie de toute la planète. Nous avons peur de rappeler aux Canadiens que le pacte fédératif qui a vu naître leur pays est un pacte d'une tolérance sans précédent entre deux peuples voués au principe de leur égalité mutuelle. »

Extrait du discours du sénateur Jean-Maurice Simard au Sénat canadien lors du dépôt de son rapport intitulé : De la coupe aux lèvres: un coup de cœur se fait attendre, novembre 1999.